Cancer : l’épreuve qui nous a fait grandir

Yann a écrit à notre aller à Paris, aujourd’hui je suis dans le train de retour et j’ai envie à mon tour de poser mon ressenti, mes émotions.

J-1 avant l’opération

Mardi 2 juillet, Yann s’installe dans une chambre du 3ème étage, à l’IGR (Institut Gustave Roussy). Une aide-soignante vient lui raser les jambes à la tondeuse. C’est là que le lambeau de peau et de péroné seront prélevés pour reconstruire la mâchoire.

Le lendemain, une longue opération l’attendait et je savais que j’allais retrouver un nouvel homme, à la fois meurtri par une chirurgie extrêmement invasive mais aussi assister à sa renaissance encore une fois.
Et oui, notre deuxième vie commence lorsque nous comprenons que nous n’en avons qu’une. Pour lui, c’est déjà sa troisième vie.

Il m’accompagne jusqu’à la sortie de l’IGR. Je lui dis au revoir. A ce moment un jeune homme torse nu, suant (il fait très chaud) musclé, avec une peau noire magnifique et un ballon de basket (bon bref, un joueur de basket de la NBA) passe près de nous…
Je regarde Yann en lui disant… je te laisse, mon prochain RDV arrive.
Nous sommes tous les deux morts de rire et nous nous quittons le cœur léger. La puissance de l’humour… et de l’amour.

Jour J

Mercredi 3 juillet, je n’arrive à l’IGR qu’aux alentours de 18h. Yann n’est toujours pas installé au service des soins continus. Ça n’est qu’à partir de 21h que je vais enfin pouvoir le voir. L’opération devait durer de 8 à 10h.

Il est allongé, en position surélevé, des drains dans la jambe, au niveau du cou. La cicatrice est visible avec un drain rempli de sang. Il n’est pas trop gonflé… pas encore. Ce qui me trouble le plus, c’est cette canule au niveau de la trachée qui lui permet de respirer. Parfois, j’ai l’impression qu’il suffoque. Il est conscient mais entre deux eaux. Il ne peut pas parler et m’indique de sa main, en levant le pouce que ça va.

Même dans cet état, il essaie et continue de me rassurer.

Je regarde tous ces appareils auxquels il est intimement lié pour quelques jours. Un infirmier arrive et lui branche une canule encore plus longue. C’est pour humidifier l’air qui arrive bien plus vite au poumon en prenant ce raccourci.

Je ressens une part de sa douleur dans mon corps entier. Mes neurones miroirs se prennent en pleine face cette douleur physique mais aussi ce regard. Son regard est tellement triste et plein de souffrance. Et moi, je me sens tellement impuissante. Je lui prends la main, essaie de le rassurer comme je peux.

En lui montrant ma force, ma confiance, il sera plus fort, plus confiant

Je ne veux pas perdre pied, je ne veux pas pleurer, je ne veux pas lui montrer ma peur, mes doutes. Non surtout pas, j’ai besoin d’être forte et lui montrer que j’ai confiance. Par ma confiance, mon assurance, il aura aussi confiance et aura à disposition toute l’énergie dont il a besoin pour se remettre sur pied.

Allez, courage… ça n’est une question de quelques jours. Le corps fait son travail de réparation, il faut lui laisser le temps. Patience mon amour.

Vers 23h, je le laisse et me dirige vers le studio que me prête mon amie dans le 17ème arrondissement.

J+1

Le lendemain après une heure de trajet, j’arrive à 13h à l’IGR. Les visites ne sont autorisées qu’à partir de 15h. Je patiente dans un parc juste à côté de l’institut. Que c’est bon d’être en contact avec la nature. Allongée dans l’herbe, à l’ombre, j’observe les rayons de soleils qui arrivent à se faufiler entre les feuilles. Je joue à cache à cache avec eux.

J’ai du Ludovico Einaudi dans les oreilles. J’en profite pour ressentir toute la gratitude d’être en vie, d’être en bonne santé, de voir, d’avoir tous ces sens qui me permettent de vivre pleinement ma vie dans ce monde physique, d’avoir de beaux enfants, un mari formidable (même s’il est peu opérationnel en ce moment 😉).

L’humour me permet de rendre plus douce cette étape bien inconfortable. Yann me répète toujours qu’on peut rire de tout et dieu qu’avec moi on peut rire de TOUT ! Et je me sers de l’humour pour adoucir tout ça.

Accueillir ce qui est

Trois enfants viennent me sortir de ma rêverie. Il me demande gentiment de libérer la place au risque de me prendre une balle de base-ball dans la tête. Le moniteur me rassure en me précisant qu’elle est en mousse.

Ça tombe bien, il est bientôt 15h, je me dirige vers l’IGR. Et de toute façon, je n’ai pas envie de me prendre une balle de base-ball, même en mousse, dans la tête. Sur le chemin je cueille un peu de lavande. L’odeur pourra aider Yann.

Aujourd’hui il est assis. Encore plus gonflé que la veille. Il a la nausée. Le corps élimine comme il peut tous ces médicaments utilisés pour l’endormir et cette morphine qui l’aide à soulager la douleur et d’autres certainement. Peut-être des antibiotiques. Et on lui rajoute des anti-vomitifs pour calmer les nausées. Bref, il est devenu une véritable armoire à pharmacie !!

Il m’écrit à l’aide du portable, qu’il est exténué. Ca me déchire le cœur. Il le voit et il me rassure juste après avec son pouce vers le haut. Il n’avait jamais fait autant de « like, pouce vers le haut, pouce bleu… ». Je le rassure en lui disant que c’est normal et qu’il faut accueillir et accepter cet état, ne pas résister.

Médecine allopathique et approche énergétique, main dans la main

Malgré cette souffrance, tout se passe pour le mieux. Il est très bien accompagné sur place, par une équipe soignante aux petits soins et à distance par notre ami, Guillaume Haubois, bioénergéticien.

J’ai appelé à plusieurs reprises Guillaume et qui, à l’aide de photos et en parlant à Yann, a permis de le soulager. Je vois certains qui me diront que c’est des conneries toutes ces approches. Personnellement, je crois aux pouvoirs des énergies (magnétiseur, bioénergéticien) pour avoir d’une part expérimenté ces approches et d’autre part car quand vous voyez ceux que vous aimez dans une telle souffrance, vous tentez tout.

Après, il y a des bons et des mauvais bioénergéticiens, comme le chasseur, et je pense que Guillaume est un excellent bioénergéticien, par sa disponibilité et ce qu’il est capable de faire, entre autres en utilisant les minéraux.


Guillaume rappelle à Yann l’importante de s’ancrer pour aider son corps à guérir mieux et plus vite.
Ça tombe bien, puisque nous avons fait un stage d’ancrage avec lui 2 semaines auparavant.

Nous y avons compris l’importance du centrage et l’ancrage ou de l’enracinement.

Ça fait un an que Yann pratique la méditation et je suis convaincue qu’elle lui permet aujourd’hui de trouver les ressources pour traverser cette épreuve.

L’importance de vivre dans le moment présent

La méditation nous sert depuis l’annonce de la maladie (et même avant). Vivre dans le moment présent nous a permis de nous affranchir de toutes les peurs liées à cette terrible maladie qu’est le cancer. Peur de mourir, peur de cette chirurgie tellement lourde, peur de ne pas être là pour ceux qu’on aime, nos enfants. La méditation, la gratitude permettent d’avoir plus confiance en la vie, d’accepter les choses telles qu’elles sont.

Aussi, être davantage dans la gratitude nous apporte énormément de force et surtout de la confiance face à la vie et aux événements. Elle nous permet de voir chaque instant comme un cadeau, et de faire face à cette épreuve douloureuse.

A quoi bon de se stresser pour quelque chose qui n’existe pas ou qui n’a pas encore eu lieu. Avoir peur, anticiper une souffrance n’aide pas, bien au contraire. Le stress provoqué n’est pas bon pour notre santé et c’est le drame de beaucoup de monde aujourd’hui. Comme j’ai l’habitude de le dire, ça n’est pas en se lamentant sur notre sort que la situation va s’arranger. Alors, essayons d’accueillir ce que la vie nous propose. Chaque difficulté, chaque confort est l’occasion de grandir, d’être plus fort.

Et si le cancer était un cadeau ?

Le cancer fait peur. Effectivement, il tue encore beaucoup, mais aujourd’hui on peut en guérir et le considérer comme un véritable cadeau de la vie.

Certains seront choqués. Le cancer, un cadeau ???

Même si à l’annonce de la maladie, le choc, le sentiment d’injustice, la colère, la peur ne permettent pas de voir ce cadeau, il suffit d’échanger avec les survivants.
Comme je le disais tout au début de cet écrit, le cancer ou n’importe quelle maladie nous permet de prendre conscience que nous n’avons qu’une vie et qu’il faut la vivre pleinement maintenant et pas demain.

A-t-on oublié de vivre ?

On ne sait pas de quoi est fait demain et combien d’entre nous, vivent une vie qui n’est pas la leur. Combien d’entre nous, portons des masques par peur du rejet ?

Combien d’entre nous ont oublié leur rêve d’enfant, parce qu’il faut travailler, parce qu’il faut subvenir à ses besoins, par peur de manquer, peur du chômage ?

Combien d’entre nous mettent de côté leurs passions, passions qui pourraient les rendre heureux, les remplir d’énergie, de motivation ?

Combien d’entre nous ont perdu cette flamme ? Combien d’entre nous n’arrive plus à se lever le matin ? Combien d’entre nous font des burn-out, des bore-out, des brown-out ? Combien d’entre nous s’attache à une vie qu’ils ne veulent plus et se laissent mourir un peu plus chaque jour ? Combien d’entre nous dépriment, sont sous anti-dépresseurs, sont suicidaires ? Combien d’entre nous se nourrissent de ces émotions de stress qui les brûlent un peu plus chaque jour ? Combien se remplissent par la nourriture, se remplissent à coup de réseaux sociaux, de selfies hypocrites avec des faux sourires, de faux ventres plats instagramés, et même des fausses dents bien blanches… Combien, combien, combien… ???

Un message à entendre et à ne plus ignorer

Le cancer a un message à nous transmettre, MAL A DIT. Qu’est ce que j’ai sur le cœur que je n’ai pas réussi à dire ? Et toi Yann, qu’est ce que tu n’arrives pas dire ? Ce cancer de la langue, qu’est ce qu’il veut te signifier ? Il a déjà essayé de le dire il y a plus de 11 ans. Est-ce que tu ne l’as pas entendu ou entendu qu’à moitié ? Aujourd’hui, il te le dit encore plus fort. Il y a 11 ans, on te retirait un bout de langue souillée par ces cellules folles. Aujourd’hui, c’est un bout de ta mâchoire qu’on te retire, avec une tumeur de plusieurs centimètres. C’est quoi qu’on te retire la prochaine fois ? La tête ?

Tu me dis que tu es un facilitateur pour les AUTRES. Et TOI alors ? Faciliter les choses chez les autres, se cacher derrière les autres, ne serait pas pour éviter de voir ce qui fait mal en toi ? Ne serait-ce pas pour éviter l’inconfort qui nous fait grandir ? Ne serait-ce pas pour éviter de prendre tes responsabilités ? Entre les années de chômage que tu as subies et pendant lesquelles je t’ai parfois malmené pour que tu te bouges, pour que tu oses. Certes, je n’ai pas toujours été tendre, mais je suis là auprès de toi, toujours et encore. Et je crois en toi, j’ai toujours cru en toi. Tu es une tellement belle personne et comme je le dis à mon amie Dojeanny, c’est que tu ne t’es pas encore complètement révélé. Combien de couples ne résistent pas face à la difficulté du chômage ou à la maladie ?

La maladie, un révélateur de potentiel ?

Et bien voilà, une fonction particulière du cancer, c’est celle de te révéler peut-être ! Révéler ta puissance, ta force, ta combativité, ta masculinité, ta virilité avec toutes les autres qualités que tu exprimes déjà, comme ta gentillesse, ta douceur, ta patience, ton intelligence, ton humour, ton ouverture d’esprit incroyable… Tu es mon amour, mon amant, mon ami, le père de nos enfants.

Avec les années, j’ai cessé de vouloir te changer et te façonner à l’image du mari parfait tant fantasmé par tellement de femmes. Maudit’ses contes de fées qui nous ont bien menti. Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants !!!! Eurent beaucoup de problèmes surtout !!

S’aimer et s’accepter tout entier

L’amour, c’est t’aimer tout entier, les bons et les mauvais jours, les jours où tu souris et ceux où tu te renfermes sur toi-même et que les enfants t’insupportent. C’est t’aimer avec tes forces, tes faiblesses, ta vulnérabilité, tes peurs… Les jours où tu essaies de fuir plutôt que d’aller chercher les ressources pour affronter les difficultés… C’est t’aimer les jours où tu es présent pour moi et les jours où je me sens transparente.

Tu m’apprends chaque jour à m’aimer davantage, à ouvrir mon cœur, à aimer inconditionnellement et étonnamment, c’est ce que qui m’inspire le plus. Aimer l’autre malgré ses différences, être de moins en moins dans le jugement.

J+2

Vendredi matin (le 5 juillet), l’équipe médicale accepte que je te rende visite le matin. Je dois en effet prendre le train à 13h, pour Riom et retrouver les enfants.

C’est d’ailleurs dans le train que je commence à écrire. Je reprends mes écrits, dimanche. Depuis, les choses ont bien évolué.

Vendredi, tu es encore plus gonflé que la veille. Mais ça va aller jusqu’où ? La peau de ton visage est tirée. Ton visage est gros et ton corps tout maigre déjà. Les médecins refusent de te nourrir par la sonde à cause de ces nausées. Vomir pourrait endommager le lambeau.
Je t’accompagne avec une séance de relaxation et je me fais la remarque que les malades, sont certes, bien soignés, mais se sentent particulièrement seuls.
Pas d’accompagnement autre que la médication. La sophrologie ou autre thérapie sont tellement utiles dans ces cas, pour aider, rassurer, réduire les médicaments.

Les clowns à l’hôpital ne devraient pas être que pour les enfants. Les adultes, meurtris, blessés, apeurés, exténués méritent aussi cette présence légère.

Je dois te laisser assez rapidement pour la gare de Bercy. Je te dis au revoir rapidement et je ne veux pas m’attarder, car te quitter dans cet état m’est juste insupportable. La veille, tu m’avouais en écrivant sur mon portable que ma présence te faisait du bien.

Le lendemain, je savais que ton frère Nicolas, venait te rendre visite, prendre la relève.

Dans le train, bombé à cause d’une grève sur la ligne Paris-Nevers, il fait terriblement chaud.

Accompagner les enfants

J’arrive à Riom vers 16h30.

A la sortie du train, je croise un monsieur défiguré. Je lui demande s’il souhaite de l’aide pour descendre du train. Il m’avoue qu’il doit faire 8 kms à pied sous cette canicule pour rentrer chez lui.
Je lui propose de le rapprocher et finalement, je le ramène chez lui à Beauregard.

Il m’explique qu’il a eu un accident de voiture 4 ans plus tôt qui lui a fait perdre son œil gauche. Aujourd’hui, il ne peut conduire, alors il marche.

Les enfants patienteront un peu plus. Je suis heureuse d’aider ce monsieur.

J’arrive enfin à l’école où je récupère les enfants. Naël est léger et serein. De son jeune âge, il ne se pose pas ou peu (encore) de questions. Ilyana a eu une moins bonne journée. Malade la veille et l’avant-veille, ma belle-sœur Stéphanie a été au petit soin pour elle. Elle a cependant demandé à aller à l’école en ce dernier jour qui annonce les grandes vacances.

A l’abri des regards des autres enfants, elle tombe dans mes bras en pleurant et m’avoue qu’elle est tellement heureuse de me voir. Elle a eu une dure journée, m’avoue l’animatrice : mal au ventre, nez qui saigne, mal à la tête, gros coup de blues…

Ilyana a une relation très fusionnelle avec son père et j’ai l’impression qu’elle vit à distance une part de sa souffrance.

Je la rassure comme je peux. Câlins à volonté. Je lui demande ce qu’elle veut savoir sur son père. Elle me répond « RIEN ». Je respecte sa volonté et je ne lui partage rien.

J+3

Nicolas est avec toi. Je me sens rassurée de ne pas te savoir seul. Tu retrouves ta chambre au 2ème étage de l’IGR, Morbihan. Il me semble que c’est aussi là que tu avais été hospitalisé onze ans auparavant.

J+17, retour à la maison

17 jours après ton entrée à l’hôpital, tu sors enfin et te voilà de retour parmi nous. La famille est de nouveau réunie.

Tu es alimenté par sonde nasale par une alimentation en poche, standardisée, stérile (sans probiotiques !)…
Je décide de prendre en main ton alimentation. En complément, je te prépare jus de légumes et de fruits, boissons fermentées (kéfir, kombucha) pour reconstruire ta flore intestinale perturbée par la prise prolongée d’antibio.

Crédits photo : SVB, Pixabay

Rachida
 

Je suis avant tout une femme, une épouse, une mère qui aime prendre soin de sa santé et de celle des siens. Je suis une passionnée de sciences et de bien-être. Biologiste, titulaire d’un Doctorat en Physiopathologies Humaines, j'aime partager mes connaissances et souhaite vous en faire profiter au travers de ce blog.

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