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Gagner 10 ans de vie en bonne santé

Gagner 10 ans en bonne santé, c’est possible et ça se passe en autre dans notre assiette. Surtout quand on sait que la moyenne d’âge en bonne santé est de 64 ans pour une femme et 62 pour un homme ! En gros, retraite rime avec déclenchement de maladies chroniques… Les maladies chroniques ont explosé depuis l’arrivée des produits ultra-transformés dans nos rayons dans les années 80. Le Dr Anthony Fardet, auteur du livre « Halte aux produits ultra-transformés ! Mangeons vrai », nous apprend à reconnaître un produit ultra-transformé et surtout comment revenir à une alimentation plus saine et holistique, qui respecte l’homme mais aussi les animaux et de notre environnement !

 

Retranscription intégrale de l’interview du docteur Anthony FARDET

J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui j’ai un invité spécial Dr Anthony FARDET. Qui est chercheur en nutrition ?

C’est ça. En alimentation préventive et holistique. Je tiens beaucoup à ce mot-là, on en parlera peut-être tout à l’heure un peu plus.

Je te propose effectivement de nous parler un petit peu de tes travaux, de manière assez générale et puis on finira cette vidéo en présentant trois règles d’or d’une alimentation saine, pour être en pleine forme donc rester vraiment jusqu’au bout de cette vidéo. Alors Anthony ça fait combien de temps que tu travailles dans le domaine de la nutrition ?

Alors, en fait, j’ai d’abord une formation d’ingénieur agroalimentaire de l’agro ParisTech où j’ai fait de la nutrition et de la science des aliments. Donc une double casquette intéressante, qui va être un atout pour la suite, parce que j’aurai la double casquette aliments et nutrition c’est-à-dire effet de l’aliment dans l’organisme. Ensuite, j’ai fait une thèse en nutrition pour me spécialiser vraiment en nutrition humaine, sur les aspects moléculaires, cellulaires à l’université d’Aix Marseille et à l’Inra de Nantes. Et j’ai été recruté comme chercheur en 2003. Cela fait maintenant aujourd’hui à peu près 19 ans d’expérience de recherche en alimentation. Et donc je suis spécialisé en alimentation préventive et holistique. Préventive parce que moi ce qui m’intéresse c’est comment faire pour manger correctement afin de rester en bonne santé mais surtout de vivre le plus longtemps possible et en bonne santé. Parce que aujourd’hui ce n’est pas le cas. On vit de plus en plus longtemps mais de plus en plus longtemps en mauvaise santé c’est à dire que l’espérance de vie en bonne santé diminue tous les ans.

Je me souviens effectivement que lors d’une conférence où je t’ai rencontré tu disais que les femmes vivaient en moyenne 64 ans en bonne santé…

C’est ça.

Pour une espérance de vie de 86 ans je crois.

A peu près aujourd’hui oui.

Et les hommes vivaient en moyenne en bonne santé 62 ans pour une espérance de vie de 79 ans.

C’est ça

Donc on vit effectivement de moins en moins longtemps en bonne santé. C’est assez stressant parce qu’on a l’impression qu’on arrive en retraite et on tombe malade.

C’est ça. C’est-à-dire que pour faire simple et mémoriser facilement, l’adulte français arrive jusqu’à la retraite en bonne santé. Et de la retraite à son décès il est atteint d’une maladie chronique. Ce qu’on appelle une maladie chronique c’est une maladie qui demande une prise en charge sur le long terme. C’est une situation un peu dramatique parce que l’espérance de vie théorique augmente tous les ans. Même si ça commence maintenant à se réduire à cause justement des maladies chroniques qui augmentent les taux de décès mais l’espérance de vie en bonne santé n’augmente pas. C’est à dire qu’elle tend à diminuer. Et vivre 21 ans en moyenne pour une femme française en mauvaise santé, le coût humain et social et économique pour la société, pour la sécurité sociale est énorme. Et donc on sait qu’avec l’alimentation, qui est le levier principal d’une bonne santé, il n’y a pas que ça il y a aussi évidemment l’activité physique, mais l’alimentation est un levier formidable parce qu’on mange trois fois par jour. L’alimentation devrait permettre de gagner plusieurs années de vie en bonne santé. On pense au moins 10 ans. C’est à dire l’homme et la femme française en ayant des choix alimentaires avisés, tout en se faisant plaisir, peut vivre jusqu’à 75 ans en bonne santé. C’est quand même formidable. Il n’y aurait plus de trou de la Sécurité sociale. Et puis le fait d’avoir des personnes âgées ou des seniors en bonne santé pour la société et sa vitalité c’est des valeurs extraordinaires en fait.

Bien sûr je pense que tout le monde aspire à vivre longtemps, à profiter au mieux de sa retraite mais bien sûr en bonne santé, pas passé 20 ans de sa vie à prendre des médicaments.

C’est ça. Mais le problème c’est que quand on arrive à un certain âge c’est très difficile de changer ses habitudes alimentaires. Par exemple, j’ai rencontré lors d’un congrès à Montpellier un médecin diabétologue et je lui ai dit « Mais puisqu’on sait ce qu’il faut faire pour ne pas tomber diabétique ou même faire reculer le diabète quand on en a un c’est à dire diminuer sa dose d’insuline, pourquoi les gens ne le font pas ? Pourquoi les gens ne reviennent pas à une alimentation riche en produits végétaux peu transformés ? qui on le sait est protecteur vis à vis du diabète. ». Il m’a dit « Vous savez ce n’est pas seulement une question de connaissances. C’est que les gens ont tellement de mal à changer leurs habitudes alimentaires qu’ils préfèrent continuer à mal manger et à prendre de l’insuline plutôt que de changer leurs habitudes. »

Moi c’est ce dont je me suis rendu compte dans le blog, effectivement j’apporte beaucoup d’informations aux gens qui me suivent. Je leur dis voilà il faut bien manger mais je me rends compte que les gens au final le savent qu’il faut bien manger. Mais ce qui est plus compliqué pour eux effectivement c’est de changer les habitudes. Donc c’est pour ça qu’il faut, je pense, les inculquer dès le plus jeune âge, déjà sensibiliser nos enfants. Donc ça je crois que toi tu interviens d’ailleurs auprès des écoles pour ça ?

Oui, alors on y reviendra tout à l’heure. Je pense qu’il y a deux choses. C’est d’abord que les gens ont effectivement des connaissances en alimentation mais c’est une alimentation réductionniste qui est enseignée donc j’y reviendrai. C’est très important, parce que c’est vraiment la cause de tout. C’est à dire qu’on est dans une culture de ce que les anglo-saxons appellent le « nutritionism » ou le « réductionnisme nutritionnel », où l’aliment n’est qu’une somme de calories ou de nutriments. Ça fait beaucoup de dégâts. Et c’est cette cause principale qui est responsable de la situation actuelle. Et donc je pense qu’il faut enseigner dès le plus jeune âge l’alimentation. Dès l’âge de 3 ans puisqu’on mange trois fois par jour et que nos actes alimentaires impactent notre santé, notre espérance de vie en bonne santé, le bien-être des animaux et l’environnement. Et ce que je souhaite qu’on enseigne au plus jeune âge ce n’est pas seulement la nutrition selon une approche réductionniste c’est à dire l’aliment n’est que des nutriments. Mais une alimentation holistique c’est à dire qu’est-ce que c’est l’acte de manger, de revenir à cuisiner chez soi, à manger des aliments moins transformés, comment reconnaître un aliment ultra transformé. Etc. Donc c’est plutôt cet… Non seulement il faut enseigner, mais il faut enseigner les bons paradigmes, les bonnes bases de l’alimentation.

Mais justement c’est ta mission de vie, toi, je crois que d’enseigner et d’aider justement les gens à mieux se renseigner, à mieux être éduqués au niveau nutritionnel. Et tu as écrit un livre qui va sortir dans quelques jours. Alors je propose qu’on le présente. Bon tu n’as pas encore la version finale.

Alors en fait c’est ça. Donc il va paraître le 15 juin 2017 aux éditions Thierry SOUCCAR. Ça s’appelle donc « Halte aux aliments ultra-transformés, Mangeons vrai ! ». Et ici les trois règles d’or pour une alimentation saine durable et éthique.

3 règles d’or dont tu vas nous faire part exceptionnellement à la fin de cette vidéo.

Voilà. Donc ces trois règles d’or qui sont à la fois scientifiques mais aussi holistiques.

Voilà parce que ce qu’il faut savoir c’est que Anthony se base vraiment sur des recherches scientifiques. Là on n’est pas dans des informations comme ça trouvées sur un site. On est vraiment sur de l’information scientifique. Tu fais des analyses de centaines de publications, tu regroupes toutes les informations…

Voilà c’est ça et je les synthétise. Voilà donc je pense que … Pourquoi j’ai voulu écrire cet ouvrage ? D’abord pour donner des clés holistiques au plus grand nombre parce que je voulais sortir du domaine purement scientifique où l’impact reste quand même assez faible. Ou alors de convaincre des gens déjà convaincus c’est moins intéressant que d’aller vers les indécis et tout ça. Je voulais donner aussi un ouvrage qui soit basé, parce que des ouvrages d’alimentation il y en a beaucoup qui paraissent tout le temps, chaque mois, énormément. Mais là, il est vraiment basé essentiellement sur la science. C’est-à-dire tout ce que j’ai voulu écrire dedans trouve une justification scientifique et donc il y a une référence scientifique qui est émise pour chacun des arguments que j’avance. Et la deuxième marque de fabrique, c’est que j’ai voulu présenter l’alimentation holistique. Parce que je pense qu’on ne pourra lutter efficacement contre le développement des maladies chroniques, d’un point de vue préventif qu’en mettant en avant une alimentation holistique et non plus réductionniste.

Est-ce que tu pourrais nous développer un peu plus ces termes d’holistique et réductionniste ?

C’est vraiment fondamental. En fait, tout est parti en 2011, comme tu parlais de ma mission, c’est vrai que l’on peut parler d’une certaine forme de mission, d’un constat en 2011. Donc on en a parlé, on est en bonne santé que jusqu’à 62 et 64 ans pour les hommes et les femmes en France. Et il y a des pays c’est même pire par exemple en Allemagne c’est 57 ans. Voilà donc c’était le premier constat. Et il y avait un deuxième constat, c’est que j’ai fait un calcul assez simple et on voit qu’en France sur à peu près des 570.000 décès qui ont lieu chaque année un tiers peuvent être attribués directement ou indirectement à une mauvaise alimentation. Donc une mauvaise alimentation, au-delà des autres causes de mortalité, cela peut être le tabac, l’alcool, évidemment qu’ils sont aussi à ne pas négliger. Mais quand même la première cause de mortalité, c’est un ennemi invisible dont on parle peu. Et force de ces deux constats, je me suis dit comment après 150 ans de recherches en nutrition humaine, comment avec toute cette masse de données qu’on a accumulé, et finalement on sait très bien ce qu’il faut faire pour manger sain et équilibré, comment ça se fait que les maladies chroniques continuent à augmenter en termes de prévalence et pourquoi les gens, pourquoi l’espérance de vie en bonne santé n’augmente pas. Donc je me suis dit il doit y avoir une raison profonde à ça et ça m’a amené à une approche philosophique de l’alimentation. Donc à développer une philosophie de l’alimentation. Et je me suis dit en fait plutôt que de continuer à faire de nouvelles études, je me suis dit, en fait il faut peut-être changer le logiciel de base qui n’est pas le bon. Et là je me suis rendu compte que l’alimentation est une science holistique par essence et que depuis 150 ans on l’avait étudié de manière réductionniste. Je m’explique. Le réductionnisme institutionnel c’est quoi ? Les anglo-saxons appellent ça le nutritionism ou nutritionnisme. C’est ne considérer l’aliment que comme une somme de calories ou de nutriments. C’est à dire le tout est égal à la somme des parties. Pour dire ça simplement 2 est égal à 1 +1. Alors, ça veut dire quoi pour les aliments ? Ça veut dire de considérer que les aliments sont tous interchangeables et que ce ne sont que des sommes de glucides, lipides, protéines, vitamines, minéraux. Donc tout est basé là-dessus. Que ce soit l’industrie des recommandations des pouvoirs publics, les régimes minceur qui sont basés sur moins de sucre, moins de gras, moins de sel, moins de calories. On voit bien que ça ne marche pas et que ça échoue. Pourquoi ça échoue ? Parce que on aborde de manière réductrice et partielle une discipline scientifique qui est holistique par essence. Alors que veut dire holistique ? Ça vient du grec holos qui veut dire en entier, donc qui veut dire global en fait. On retrouve la racine dans hologramme qui est une image en relief en fait, donc qui est globale. Et ça veut dire quoi ? ça veut dire que le tout est supérieur à la somme des parties. C’est à dire que 2 est supérieur à 1+1. Pourquoi 2 supérieur à 1+1 ? C’est contre intuitif, ça ne va pas dans le sens de la logique. Parce qu’en fait il y a une interaction entre 1 et 1. Et cette interaction entre 1 et 1 provient d’un principe d’interdépendance. C’est à dire qu’il y a une liaison entre le 1 et le 1, et cette liaison qu’on appelle synergie en sciences, fait que le tout est supérieur à la somme des parties. Ou dit autrement un aliment est beaucoup plus que la somme de ces nutriments. Et le potentiel santé d’un aliment est supérieur à la somme des potentiels santé de chacun des nutriments pris de manière isolée.

D’accord. Donc pour citer un exemple concret, il vaudrait mieux manger une pomme entière plutôt qu’un jus de fruit décomposé. On n’aura pas forcément les mêmes bénéfices, c’est un petit peu le mélange c’est le mix de toutes ces bonnes molécules qui va apporter le bénéfice.

C’est ça, c’est exactement ça. C’est à dire qu’en fait on pourrait expliquer le paradigme ou logiciel holistique comme ça. C’est à dire que deux aliments qui ont la même composition chimique mais qui n’ont pas la même forme ou qui n’ont pas subi le même degré de transformation peuvent avoir un potentiel sur la santé complètement différent. On prend l’exemple de la pomme. Manger une pomme entière ou cette même pomme broyée en compote ou sous forme de jus de fruits, on a à peu près la même composition à la base mais l’effet sur la santé est complètement différent. Le jus de fruit pouvant être une source de sucres rapides donc moins favorable si vous en consommez régulièrement et moins rassasiant. C’est à dire qu’‘on sait que les aliments liquides ou semi-liquides sont moins rassasiants ou moins satiétogène comme on dit d’un point de vue scientifique que les aliments solides. Alors ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas en manger, qu’il ne faut pas boire de jus de fruits ni d’aliments liquides. Mais cela veut dire qu’il faut comprendre quand même que un aliment solide brut moins transformé est plus rassasiant et moins hyperglycémiant c’est à dire qu’il élève moins rapidement le taux de sucre dans le sang. En fait il faut imaginer, prenez l’image d’un barrage ou d’une écluse, si vous libérer toute l’eau d’un seul coup, derrière les rives du canal vont avoir beaucoup de mal à gérer l’afflux d’eau massif. Donc l’eau va déborder, peut être les bords du canal vont céder parce que l’arrivée d’eau est trop massive. Par contre si vous vous libérez l’eau progressivement, c’est beaucoup plus facile derrière de gérer. C’est la même chose avec les sucre. On a soumis notre organisme à des produits ultra-transformés de manière massive depuis les années 80, donc une quarantaine d’années, des aliments ultra-transformés qui sont une source de sucre donc on soumet notre organisme à une arrivée massive de glucose dans le sang. Et qu’est-ce qui gère l’arrivée du glucose ? C’est l’insuline, qui permet, c’est un peu la clé qui permet d’ouvrir la porte et de faire rentrer de glucose dans les cellules.

D’ailleurs pour un petit mieux connaître les aliments qui vont provoquer des pics d’insulines, on a créé ce que l’on appelle l’index glycémique.

Ouais c’est ça. L’index glycémique ça mesure le taux d’arrivée du glucose dans le sang quand vous mangez un aliment n’importe lequel et que vous comparez à ce taux d’arrivée du glucose dans le sang à une solution de glucose, de sucre que vous consommez. Plus cet index glycémique est bas, plus cela veut dire que l’arrivée du glucose issu de cet aliment est basse et progressive par rapport à la solution de glucose. Donc en fait, quand vous libérez du sucre plus lentement, ce qui est plus physiologique pour l’organisme, l’insuline peut gérer. Par contre si elle a trop de sucre, comme j’aime bien le dire « avec ses petits bras musclés » elle dit stop je n’arrive plus, je n’arrive plus à faire face et donc on développe ce qu’on appelle une insulino résistance qui est l’étape pré diabétique et après le diabète. C’est pour ça que le diabète explose dans le monde parce que de plus en plus les populations consomment des produits hyperglycémiants, ultra-transformés. Donc on a des taux de diabète dans la population adulte de 20% en Arabie Saoudite.

Ce qui est juste énorme.

C’est énorme ! 14% au Mexique. La France résiste encore assez bien avec un taux je crois entre 6 et 8% mais les prévisions pour le diabète sont alarmantes puisqu’on estime à plus de 300 millions de diabétiques en 2030 et que ce sera la septième cause de mortalité dans le monde. Donc si vous voulez tout ça, c’est ça qui pour moi est important et que je développe aussi dans la deuxième partie de mon bouquin. C’est de bien montrer que l’on en est arrivé là à cause de cette approche réductionniste qui nous a fait fractionnés les aliments puisque ce n’était qu’une somme de nutriments, donc on peut les fractionner et fabriquer des aliments artificiels à foison dans des recombinaisons infinies d’ingrédients avec de nombreux additifs. Pourquoi ? Ben pour redonner la couleur, la texture et le goût qu’ils ont perdu lors du fractionnement. Et donc dans des combinaisons infinies et on voit bien que cette idée de fractionner l’aliment participe d’une pensée réductionniste. On retrouve cette pensée dans les aliments fonctionnels par exemple les margarines enrichies en phitostérol, des céréales du petit-déjeuner enrichie en vitamines, en minéraux. C’est à dire qu’on considère que tel nutriment puisqu’il est bon pour la santé on peut l’isoler et le mettre à forte dose dans les aliments et les enrichir avec.

Alors que l’aliment, l’idéal c’est de le consommer naturel. Le phitostérol on en trouve dans des tas d’aliments.

Voilà exactement, c’est ça. C’est à dire qu’en fait. Et puis ce dont on s’est rendu compte, c’est que d’isoler un nutriment d’un aliment et de le mettre à forte dose il n’a plus le même effet santé qu’il avait dans l’aliment naturel en synergie avec les autres constituants.

Donc au final l’approche du complément alimentaire, je ne sais pas si le sujet c’est vraiment l’endroit pour l’aborder, est-ce que prendre des compléments ça peut être utile ?

C’est aussi une bonne question. Il faut bien comprendre de quoi participe les compléments. Ils participent de cette approche réductionniste, c’est à dire le présupposé bénéfice de telles micronutriments sur la santé donc on va les administrer à une plus forte dose sous forme de compléments. Mais le complément participe d’une démarche curative c’est à dire en fait cela veut dire quoi les compléments ? Vous mangez déséquilibré, beaucoup de produits ultra-transformés, appauvris en micronutriments protecteurs donc vous allez corriger ce déséquilibre par des compléments. Mais on est toujours dans une logique réductionniste alors que il serait beaucoup plus utile de revenir à une approche holistique de l’alimentation c’est à dire globale en considérant que les aliments peu transformés sont bons pour la santé. Parce que en revenant à cette alimentation on a plus besoin de compléments en fait.

Oui moi c’est ce que j’entends souvent parce que les gens me disent est-ce qu’il faut que je prenne tel ou tel complément, ben je dis si tu manges frais et équilibré à priori…

T’en as plus besoin à priori. Après je pense les compléments, parce que je ne suis pas non plus contre, je ne suis pas extrême, je ne veux pas être dogmatique non plus, je pense qu’ils peuvent trouver une place. Donc par exemple il y a des fois des situations de déficience qui peuvent arriver par exemple des gens qui de par leur métier sont peu exposés au soleil on peut être une déficience en vitamine D.

Ce qui n’est pas notre cas aujourd’hui.

Ce qui n’est pas notre cas aujourd’hui effectivement. Ou alors les femmes enceintes qui peuvent être déficientes en fer. On le sait c’est bien connu. Donc je pense que les compléments peuvent jouer un rôle dans certaines niches et dans certains cas physiopathologie de déséquilibre. Il n’y a pas de souci. Par contre tout ça devient problématique quand on encourage les gens à continuer à manger mal et on leur dit finalement c’est pas grave si vous mangez mal il vous suffit de prendre des compléments pour compléter votre mauvaise alimentation.

C’est une sorte de leurre quelque part.

Voilà. C’est un cercle vicieux où l’industrie agroalimentaire s’y retrouve parce qu’elle continue à vendre ses produits ultra-transformés. Et dans le même temps, elle vous vend des compléments. Donc c’est double bénef pour eux. Mais ce n’est pas bénéfique pour la santé parce que la plupart des études, puisque j’ai fait la littérature scientifique sur le sujet, la plupart des études montrent très clairement que les populations qui consomment régulièrement des compléments nutritionnels n’ont pas des taux de maladie moindre que ceux qui mangent normalement.

Je crois que tout est dit.

C’est ça. Il y a même des études dans les années 80 qui ont été faites avec… Parce que si vous voulez dans les années 80, des chercheurs ont découvert le bêta carotène.

Le fameux caroténoïde de la carotte.

C’est ça. Et en fait, le bêta carotène ils se sont rendu compte que c’était un puissant antioxydant. Ils se sont dits puisque c’est un antioxydant on va l’isoler et l’administrer à forte dose sous forme de compléments ça va protéger l’organisme. Mais c’est oublier le rôle de la synergie et de la vision holistique de l’aliment. Donc ils ont fait deux études l’étude CARET et ATBC. Je ne vais pas détailler parce que ce n’est pas le lieu ici mais ils ont suivi, ils ont donné à des fumeurs des bêta carotène et ils ont mesuré sur, jusqu’à une dizaine d’années le taux de cancers du poumon. Ils se sont rendu compte après plusieurs années que le taux de cancers du poumon augmentait chez ceux qui prenaient de bêta carotène parce que le bêta carotène administré à forte dose de manière isolée s’est avéré nocif pour l’organisme.

Mais il me semble que ça a été observé pour d’autres types de caroténoïdes comme l’astaxanthin qui est un caroténoïde qui est l’un des antioxydants connus au monde et qui est extrait d’une micro-algue. Je ne sais pas si tu connais.

Alors non, ça par contre je ne connais pas cette étude mais c’est fort probable parce que par exemple il y a des études qui montrent que quand on mélange deux antioxydants, selon le rapport de l’antioxydants par exemple si c’est 3 sur 1 ou 1 sur 2 on a un mélange au final qui est soit pro oxydant ou antioxydant. Donc avec les mêmes molécules selon la quantité et le ratio on peut passer de anti à pro oxydant. Voilà.

Donc inverser les faits.

Voilà donc à force de fractionner les aliments, de recombiner, d’enrichir à forte, à dose supra nutritionnel on joue aux apprentis sorciers. Souvent aucune étude sur le long terme n’est fait pour ces aliments et donc les industriels se basent sur des études court termiste en ne sélectionnant que les études qui montrent des effets bénéfiques et qui servent leurs intérêts financiers. Donc peut-être on peut un peu schématiser ça si vous voulez. L’approche réductionniste essaye de vendre des vérités partielles de la science pour faire de l’argent et en essayant de vendre des solutions magiques à court terme. Alors que l’approche holistique est au service de l’humain, elle ne vend pas des solutions magiques à court terme, elle demande un effort sur le long terme donc elle intéresse beaucoup moins les industriels parce qu’il y a moins d’argent à se faire en disant à la population de revenir à un régime équilibré riche en produits végétaux peu transformés. Mais cette approche holistique cherche plutôt à modifier les causes alors que l’approche réductionniste cherche plutôt à guérir les effets sans s’interroger sur les mauvaises causes.

Moi j’ai envie d’aborder deux thématiques un petit peu, comment dire, polémiques, qui sont le gluten et les produits laitiers parce qu’il y des gens qui sont assez extrémistes qui disent il faut complètement arrêter ces produits là parce que ça provoque des troubles intestinaux, parce que ça provoque des cancers. Toi je pense que tu as quand même une idée plus raisonnée par rapport à ces produits-là, une fois de plus basé sur des études scientifiques que tu as lu, que tu as épluché et analysé.

Oui c’est vrai que c’est deux aliments qui posent problème. Le gluten avec les céréales et les produits laitiers. Il y a beaucoup de débats sur Internet sur le sujet. Alors moi l’hypothèse que je développe en tant que chercheur et qui suit mes travaux et qui, ce qui est intéressant c’est que ces deux hypothèses sont de plus en plus confirmées par la littérature scientifique, c’est que ce ne sont pas les aliments en tant que tel qui pose problème mais ce sont deux choses auxquelles est liée l’intervention de l’homme. C’est à dire la quantité consommée et le degré de transformation.

Une fois de plus on est encore dans le degré de transformation.

Voilà. Cette approche est intéressante parce que d’abord tous les résultats scientifiques tendent à converger vers ces deux hypothèses. Donc le problème n’est pas tant dans les produits laitiers que dans la quantité consommée et la transformation qu’on applique aux produits laitiers. C’est à dire qu’à force de fractionner le lait, de le craquer, de recombiner les ingrédients, appliquer des traitements thermiques tellement drastiques qu’on dénature les molécules ou alors mettre du gluten, d’ajouter du gluten dans tous les produits, les plats préparés pour faire des texturants, des liants, en fait on soumet notre organisme à des aliments, à des ingrédients sortis de leur matrice initiale, dénaturées et l’organisme réagit,  je pense, là c’est purement intuitif c’est vraiment une hypothèse de chercheurs, par des manifestations d’intolérance, d’hypersensibilité et de rejet. Parce qu’il faut bien comprendre, et ça on n’en parle jamais, c’est que l’explosion des maladies chroniques dans le monde il via a une mauvaise alimentation est parfaitement concomitante avec l’arrivée massive des produits ultra-transformés dans nos rayons, dans les années 80. Donc on a subi une transition nutritionnelle dont on ne parle jamais c’est à dire qu’on est passé des aliments normalement transformés ou encore des conserves etc. à des aliments ultra-transformés c’est à dire fractionnés, recombiné. Et je pense que le problème du gluten, d’abord le gluten est un terme technologique, il n’y a pas de gluten dans le blé il n’y a que des protéines qui vont être constitutif du gluten qui va être issu du pétrissage et de la technologie.

Qui vient de « glue » qui veut dire colle.

Voilà exactement. En fait le gluten pour parler à ceux qui nous regardent. Vous prenez une farine blanche vous la pétrissez, vous la mettez sous l’eau par le phénomène de lixiviation, l’amidon est éjecté de la pâte et il vous reste un réseau protéique viscoélastique collant qu’on appelle gluten. Glu évidemment étant relié à coller, collant. Donc si vous voulez le gluten est un terme techno et ensuite les industriels ont isolé ce gluten et ils se sont rendu compte que c’était un texturant et un liant. Ils en ont ajouté de manière massive depuis les années 80 de plus en plus dans l’alimentation de manière croissante. Je pense que cet ajout massif de gluten plus des procédés drastiques appliqués aux produits céréaliers ont rendu ce gluten moins digestible. Là c’est pareil je suis dans l’hypothèse. C’est important de le préciser ce n’est pas, ça n’a pas encore été démontré. Et comme ce gluten est moins digestible, on a déplacé la digestion du gluten du duodénum vers l’iléon donc on l’a rendu moins digeste. Et l’organisme se défend face à ces molécules moins digestibles qu’il ne connaissait pas de manière aussi massive soit par des hypersensibilité ou une forme de rejet ou de l’inflammation des choses comme ça.

Une fois de plus c’est certainement les actions répétées, apportées par l’homme, les ajouts de nouvelles substances qui vont complètement perturber l’alimentation.

Ben oui les aliments ultra-transformés se caractérisent par des longues listes d’additifs et d’ingrédients. Quand dans les années 80, on s’est mis à consommer massivement ces produits, on a soumis à notre organisme des molécules et des additifs que notre organisme n’avait jamais connu depuis l’histoire de l’humanité. Ça on n’en parle pas assez et c’est fondamental. Donc les maladies chroniques ne sont qu’une expression du corps pour se défendre pour dire tu m’envoies des interactions nouvelles entre les nutriments que je ne connais pas, des molécules drastiquement transformées, de nouveaux additifs, donc je réagis. Par exemple les produits laitiers, toutes les études scientifiques montrent que des produits laitiers manger avec modération, peu transformé, il n’y a pas de lien avec une augmentation de prévalence des maladies chroniques. Donc après si des gens se sentent mieux en ne consommant plus de gluten et de produits laitiers ils ont raison d’arrêter. Par contre, où je pense que c’est risqué de vouloir généraliser son cas à toute la population parce que les études des scientifiques qui s’intéressent justement aux populations entières et à des tendances statistiques ne montrent pas ce que les gens individuellement peuvent rencontrer.

C’est fait sur des gros groupes de population ce qu’on appelle des cohortes en général.

Voilà, des études prospectives. C’est ça. On suit entre 10.000 et des fois 300.000 personnes sur 5/10 ans. Et donc là pour le lait, à part peut-être le cancer de la prostate, on voit que les produits laitiers sont soit neutres ou protecteurs lorsqu’ils sont consommés en quantité modérée.

Puis ils nous apportent des probiotiques.

Ils apportent les probiotiques. En fait, les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui sont apportés par les produits notamment les produits fermentés comme le yaourt et le fromage. C’est à dire comment reconnaître un produit ultra-transformé ?

Oui ça c’est super important.

Avant d’aborder les trois règles d’or. Pour reconnaître un produit ultra-transformé, c’est un produit dont vous ne pouvez plus reconnaître l’origine naturelle. Donc qui est un produit artificiel fabriqué par l’homme à partir d’ingrédients recombiner.

L’exemple… une barre chocolatée par exemple.

Alors une barre chocolatée est un produit transformé, ultra-transformé parce que quand vous allez, si vous vous balader dans la campagne vous n’avez pas d’élevage…

On ramassera de barres chocolatées.

Voilà, il n’y a pas des arbres à barres chocolatées, ni d’élevage de barres chocolatées. Donc là si l’aliment vous ne pouvez plus reconnaître l’origine naturelle vous êtes en produits ultra-transformés. Il y a un autre indice qui est intéressant c’est la liste d’ingrédients et d’additifs. En général au-delà de cinq additifs et ingrédients vous avez de fortes chances d’être en face d’un produit ultra-transformé. Et le troisième indice c’est souvent des emballages très attractifs pour favoriser l’achat. Et ils sont souvent enrichis en sels, sucres et gras qui sont les trois nutriments addictifs et qui refavorisent l’acte d’achat derrière.

Et quand tu parles d’emballage très attractifs ce sont surtout nos enfants qui sont ciblés et c’est une cible facile. Souvent nous parents quand on les amène faire les courses et bien on craque parce qu’ils font des crises.

Quand vous avez des emballages avec des images, des personnages de Walt Disney, des offres, des promotions forcément vous favoriser l’acte d’achat.

C’est mieux que la marque de base du magasin. Moi je vois avec ma fille elle est très influencée. Du coup on ne l’emmène plus faire les courses on y va tout seul.

Et il y a un exercice qui est très intéressant, c’est de prendre les aliments un par un et de les décliner selon le degré de transformation. Les scientifiques on classe les aliments en « peu », « normalement » et « ultra-transformés ». Un régime équilibré étant basé au moins à 85% de peu et normalement transformé. Prenons une pomme. Une pomme entière est peu transformée. Pas du tout. Une compote de pommes qui est de la pomme broyée avec du sucre est normalement transformée. Parce que vous vous reconnaissez encore la pomme dans la compote. Par contre un jus de pomme reconstitué à partir d’une poudre déshydratée avec pleins d’additifs, de colorants est ultra-transformée. Prenons un poisson. Une sardine grillée et peu transformée. Vous n’avez rien rajouté, vous l’avez juste grillé. Une sardine à l’huile en conserve est normalement transformée. Vous avez rajouté un peu d’huile pour conserver la sardine avec la perquisition et la conserve. Donc toujours, vous reconnaissez l’aliment d’origine. Par contre des nuggets de poisson avec de la panure, de nombreux additifs, un broyat de chair de poisson qui sont peut-être d’origines diverses. Vous ne reconnaissez plus d’aliments d’origine et vous êtes en présence d’un produit ultra-transformé.

Ça me rappelle une petite anecdote. Je n’ai pas vérifié l’info mais il paraît que certains enfants qui n’ont jamais vu de vrais poissons quand on leur demande de dessiner des poissons ils dessinent des carrés de poissons panés.

On en est arrivé à ce stade où les enfants ne savent plus, pensent qu’il y a des poissons carrés dans la mer, pensent que la vache donne du lait en continu et n’ont pas compris qu’il faut qu’elle ait un petit pour donner du lait etc. On arrive à ces aberrations. Et pourquoi ce degré de transformation est si important ? Parce que c’est lui qui fait sens du point de vue de la santé. C’est à dire que les populations qui adhèrent le plus aux produits ultra-transformés sont les plus malades et ça la science est catégorique toutes les études vont dans ce sens. Et les choses oui, oui les choses sont aussi simples que cela. Par exemple même les légumineuses qui sont réputées bonnes pour la santé ou même des produits bio, si vous vous les consommer ultra-transformés eh ben vous perdez le bénéfice des légumineuses et des produits bio en termes de santé. Par exemple des lentilles bouillies sont peu transformées. On va dire une soupe de lentilles où vous avez rajouté un peu d’huile, un peu de sucre, de beurre est normalement transformée. Et un lait de soja aromatisé au chocolat, à la vanille avec des additifs, pourtant il y a le soja qui est une légumineuse mais vous êtes dans l’ultra-transformation donc à limiter.

Je trouve ça très bien que tu rappelles ça parce que souvent l’étiquette bio nous fait penser que c’est sain alors que quand non. Moi je vais dans des magasins bio et je trouve qu’il y a plein de produits transformés et je trouve que c’est une aberration. Donc il faut bien regarder vraiment ce qu’il y a sur les étiquettes.

Alors Anthony comme promis tu vas nous présenter les trois règles d’or pour une alimentation saine dans l’espoir de vivre le plus longtemps possible en bonne santé.

C’est ça. Alors en fait, ces 3 règles d’or, quand je les ai élaboré, j’ai voulu qu’elles soient scientifiques et holistiques. Scientifique c’est à dire qu’elles soient un peu une synthèse de toute la science accumulée, toutes les données en nutrition. Si vous voulez, j’aime bien l’image, la comparaison avec le E=MC2 d’Einstein pourquoi ? Parce qu’en fait qu’est-ce qu’à fait Einstein, il a pris toutes les théories compliquées en physique et il a compacté l’ensemble en E=MC2. Et une fois que E=MC2 existait, il n’y avait plus besoin de se préoccuper et d’avoir des connaissances dans les autres théories plus compliquées. Moi je me suis dit, alors évidemment loin de là de me  comparer à Einstein, mais je veux dire en terme de démarche je me suis dit comment contacter toutes les connaissances nutritionnelles en des choses très simples, sortir du réductionnisme nutritionnel c’est à dire de l’approche des aliments comme une somme de nutriments. Donc sortir de l’approche de la composition parce que les gens n’y comprennent rien. Ils ont raison c’est compliqué. Et holistique. Je voulais que ces règles protègent à la fois la santé humaine, les animaux et l’environnement. Ce que j’appelle les trois dimensions de la vie sur terre. Et en même temps que respecter l’aliment c’est à dire que je parle aussi souvent du respect de l’aliment. Je pense que a trop trafiquer nos aliments, on finit par ne plus assez les respecter.

Et c’est en respectant nos aliments végétaux, les animaux que nous mangeons que nous respecterons notre santé.

Exactement. Et c’est ce que je dis. C’est à dire à force de détruire l’harmonie naturelle des aliments par un cracking et un fractionnement excessif, il n’est pas étonnant qu’on ait détruit l’harmonie au sein de notre organisme qui est ce qu’on appelle la Santé tout simplement. Alors ces trois règles d’or.

La première règle.

Oui alors la première règle. C’est assez simple. C’est donc basé sur des rapports d’expertise et des données scientifiques. On sait à peu près que pour nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains en 2050 de manière durable et nourrir tout le monde il ne faudrait pas dépasser 15% dans nos régimes de calorie animale. C’est à dire 330 kilocalories sur une base de 2000 kilos calories par jour.

Ce que tu dis c’est que c’est à peu près de 2 portions par jour.

Ouais lors, c’est difficile. Ça va dépendre de ce que vous consommez. Cela veut dire en tout cas c’est sûr de la viande une fois par jour c’est suffisant. À midi c’est suffisant. Le soir c’est pas la peine. Faire aussi que les produits animaux soit l’accompagnement des légumes et non l’inverse. Aujourd’hui quand vous consommez un plat s’il n’y a pas de viande vous pensez que ce n’est pas un plat. Il faudrait avoir le raisonnement inverse s’il n’y a pas de légumes ce n’est pas un plat. Et la viande vient vraiment comme un bonus ou un accompagnement comme c’était un peu autrefois. On tuait l’animal pour les moments festifs les mariages etc…

Ça me rappelle une blague de Gad Elmaleh, on lui demande comment s’appelle les gens qui ne mangent pas de viande et lui répondait des pauvres. C’est un petit peu l’image qu’on a de l’assiette sans viande finalement.

C’est ça. C’est à dire qu’aujourd’hui un signe extérieur de richesse notamment dans les pays émergents qui se mettent à consommer de plus en plus de calories animales c’est d’acheter des produits animaux. Mais je pense que c’est une erreur pour l’environnement, le bien-être animal et notre santé. Et en France on consomme 25 à 30% de calories animales. C’est des chiffres très récents. On le sait. Donc on est parmi les plus gros viandards au monde avec, on est dans le top 5 avec les Etats-Unis, l’Argentine et je crois le Canada, je ne me rappelle plus les autres pays. En tout cas, on est dans le top 5 donc on est des gros consommateurs de calories animales en fromage viande etc… Donc il faudrait diviser par deux. Et il y a deux choses. C’est à dire qu’en divisant par deux pour le même prix on va consommer moins de viande mais forcément on va aller vers une viande de meilleure qualité qui elle est plus respectueuse du bien-être animal. Parce que c’est des viandes issues de filières extensive ou bio donc ça c’est important puisque nous prenons la vie des animaux pour prolonger la nôtre. C’est normal de les respecter et de favoriser des filières qui les respectent. Comment remplacer ces 15% de calories animales ? L’idéal serait d’aller vers les grains et graines. Il y a trois grands groupes. Les céréales complètes, les légumineuses. Alors les céréales complètes sont riches en glucides, les légumineuses plutôt riches en protéines et les graines oléagineuses ou les fruits de bouches ou fruits à coque comme les noix, les noisettes etc. qui sont riches en matières grasses. Pourquoi ces trois groupes ? Parce que d’une part ils sont sous consommés en France moins de 10 grammes par jour pour les trois catégories. Donc il y a un marché de niche et un marché immense à investir même pour l’agro-industrie. Et ces trois aliments ont beaucoup d’avantages. D’abord ils sont durables notamment les légumineuses qui n’ont pas besoin d’engrais azotés pour pousser. Ils se conservent facilement sur de longues périodes et ils sont accessibles à toutes les bourses. Ils sont à la fois riches en énergie et en micronutriments protecteurs.

Ils sont rassasiants

Ils sont rassasiants tout à fait et ils sont source de sucres lents ou plus généralement de nutriments lentement libérés. Même les lipides des graines oléagineuses on pourrait parler de lipides blancs parce qu’on sait qu’ils sont libérés plus lentement que des lipides sans matrice.

Moi je sais que j’en consomme une poignée par jour et effectivement c’est très rassasiant.

Voilà c’est très rassasiant et c’est ce qu’on recommande. C’est à dire qu’il y a une étude qui montre que les consommateurs réguliers mais pas excessifs de graines oléagineuses ou de fruits à coque ont des taux de maladies cardiovasculaires significativement inférieur à la moyenne. Donc il faut sortir du paradigme composition. Par exemple si vous êtes dans le paradis composition vous dites ah ben non je ne prends pas des fruits à coque c’est riche en matières grasses. Le problème n’est pas la matière grasse. Le problème c’est le degré de transformation et la maîtrise de l’aliment. Si vous avez une matrice peu transformée, des lipides de bonne qualité même si c’est riche en matières grasses et il n’y a aucun problème. Le problème c’est les produits transformés qui véhicule des matières grasses c’est ça le vrai problème.

Ça c’est un excellent message pour toutes celles qui font attention à leur poids et qui disent je ne veux surtout pas manger d’amande ou de noix de cajou ou de noix parce que c’est gras, ça va me faire grossir, c’est faux.

C’est faux. Tous les régimes aujourd’hui sont basés sur l’approche par nutriment, par calorie et on sait que dans 90% des cas les gens qui arrêtent un régime reprennent du poids et souvent un poids supérieur à ce qu’ils avaient avant. Donc pourquoi ça échoue ? Parce qu’on est dans une approche réductionniste qui est que l’aliment n’est qu’une somme de calories ou de nutriments. D’où les régimes pauvres en matières grasses, les régimes pauvres en sucre, les régimes à index glycémique bas, régime hypocalorique tout ça…

On pourrait faire une liste longue je crois.

Et l’industrie se fait les choux gras là-dessus parce qu’on vend des solutions magiques aux gens à court terme mais c’est réductionniste donc ça ne peut pas marcher.

Ça ne marche pas. C’est comme l’anti-ride.

Donc méfiez-vous des solutions miracles alimentaires. Il n’y a pas de solution miracle en alimentaire. Il faut revenir à une approche holistique et une alimentation globale.

Sur le long terme

Sur le long terme. Et là vous avez vous allez perdre du poids durablement et vous n’en reprendrai pas. Mais ce n’est pas ce que les anglo-saxons appellent le Magic belettes c’est à dire la solution magique à court terme.

Les solutions magiques à court terme si on vous en propose une méfiez-vous en. On va passer à la deuxième règle ?

Deuxième règle d’or. En fait c’est un peu ce dont on a parlé au début. C’est que la base de notre régime doit être des produits pas, peu transformés ou normalement transformés à au moins 85% des calories. Pareil, ne pas dépasser 15% de calories pour 1 calorie sur 6 de produits ultra-transformés. Alors ça demande à être confirmé. Mais il y a déjà une grosse étude brésilienne prospective de cohorte qui a montré sur plus de 30.000 adultes brésiliens qu’au-delà de 13% de calories ultra-transformé l’obésité commence à augmenter significativement.

Au Brésil malheureusement ils sont extrêmement touchés par l’obésité.

La situation au Brésil est dramatique. En quinze ans, la population est devenue en surpoids, obèses et diabétiques en très peu de temps. Parce qu’ils se sont mis à consommer beaucoup de produits ultra-transformés et à adopter notre mode de vie alimentaire. Et donc effectivement la situation est dramatique là-bas. On a des diabètes de type 2 qui est normalement le diabète du vieux que l’on retrouve chez des jeunes de 20 à 30 ans. Et même des maladies cardiovasculaires que l’on observait qu’à 50 60 ans commencent à apparaître maintenant entre 20 et 40 ans. Donc en fait c’est vrai que c’est des pays, tous ces pays émergent sont très touchés par la malbouffe. Il y a vraiment urgence. Voilà. Donc les 330 kilocalories de produits ultra-transformés par jour cela veut dire deux portions d’une barre chocolatée par exemple, un dessert lacté… Chacun voit un peu comment il peut combiner.

En fonction de ce qu’on aime.

Ça veut dire qu’on peut manger des bonbons de temps en temps. Le samedi soir lors d’un repas festif peut être un plaisir. Je pense aussi que l’être humain, ça je pense c’est un point important. Pourquoi je pense qu’il ne faut pas supprimer des produits ultra-transformés c’est que le fait de recombiner des ingrédients à l’infini, dans des combinaisons infinies ça participe de ce que j’appelle du besoin créatif de l’homme. C’est à dire que l’homme a besoin de créer donc cette possibilité de recombiner des ingrédients à l’infini, ça fait partie du besoin créatif de l’homme. Donc je pense qu’il faut toujours rester dans le gris, la juste mesure. Il ne s’agit pas de les supprimer mais de les limiter. En alimentation c’est toujours un problème de proportion. Ce qui pose problème dans les pays émergents, le Moyen-Orient, le Nord Afrique, le Maghreb ou les pays anglo-saxons, c’est que les produits ultra-transformés sont devenus la base. C’est à dire qu’en gros c’est plus de 50% des calories qui sont ultra-transformées. Et c’est là que ça pose problème parce que les populations qui consomment le plus de produits ultra-transformés sont les plus malades. Et j’ai envie de dire oui les choses sont aussi simples que cela. C’est à dire que la science est très catégorique. Toutes les études vont dans le même sens. Si vous consommez beaucoup de produits ultra-transformés vous avez plus de chances d’être diabétiques, d’avoir des maladies cardiovasculaires, d’être en surpoids, obèses syndrome métabolique etc.

Donc pour résumer la deuxième règle, 15% de calories de produits ultra-transformés. Donc vous voyez on n’est pas dans de l’extrémiste, une fois de plus je le répète, on n’est pas dans l’idée de dire qu’il faut complètement arrêter, c’est dangereux ça va vous tuer. 15%, on peut se le permettre.

Tout à fait. Il n’y a pas de souci donc il faut aussi se faire plaisir. Alors la troisième règle d’or. C’est manger diversifié. Mais j’ai rajouté deux choses parce que tout le monde connaît ça, c’est le bon sens. D’abord il faut manger diversifié des aliments peu transformés. Parce que manger diversifié des aliments ultra-transformés…

En respectant la deuxième règle.

Voilà ça n’a aucun sens. Que vous mangiez dix barres chocolatées différentes, de marques différentes ou dix fois la même barre, ça a le même effet sur la santé parce que c’est des produits riches en calories et pauvres en micronutriments protecteurs. Par contre mangez, si vous aimez bien les céréales, manger dans la semaine cinq types de céréales différents (avoine, seigle, riz…) là ça a du sens parce que vous allez diversifier les polyphénols, les antioxydants, les fibres etc. Et je rajoute si possible bio, local et de saison. Parce que c’est mieux de favoriser la biodiversité, la protection de l’environnement en favorisant le bio, le local et de saison. Mais si possible parce que je sais que ce n’est pas accessible à tout le monde. Les gens qui habitent dans des grandes villes ce n’est pas toujours facile. Donc c’est un effort à faire. Après chacun voit dans quelle mesure il peut faire cet effort. Et pourquoi manger diversifié ? Parce qu’il faut savoir que les maladies chroniques sont multifactorielles. C’est à dire qu’elles ne sont pas le résultat d’un seul dérèglement métabolique mais de plusieurs dérèglements. Ça peut être augmentation du stress oxydant, augmentation de l’inflammation, insulinorésistance, dérèglement du métabolisme des glucides, dérèglements de la flore colique. Et on sait aujourd’hui que par exemple une maladie comme le diabète ou cardiovasculaire c’est souvent quatre ou cinq dérèglements en même temps. Et donc en mangeant diversifié, vous avez plus de chances d’apporter des micronutriments protecteurs diversifiés qui pourront, les uns lutter contre le stress oxydant, les autres lutter contre la dérégulation de l’insuline et les autres préserver la flore digestive, les autres anti carcinogéniques donc anticancéreux. Donc quand vous mangez diversifié tous ces nutriments à doses nutritionnelles agissent en synergie pour mieux vous protéger contre la multicausalité des maladies chroniques. Ce n’est pas unicausale. C’est pour cela que ce manger diversifié en fait, a des racines très profondes, de bon sens mais qui sont très importantes.

Tu parlais de régionalisation.

C’est ça oui. J’ai développé un concept qui me tient à cœur, c’est la régionalisation des régimes sain, c’est quoi ? C’est comment combiner ces trois règles d’or qui sont génériques c’est à dire qu’on peut appliquer sur toute la planète en tenant compte des traditions locales. Et aussi sortir des régimes sains dogmatiques. C’est à dire on vous dit comment manger sain au niveau national ou dire bah puisque le régime méditerranéen est bon pour la santé il faudrait que tout le monde mange méditerranéen. On sait que ce n’est pas possible.

En Picardie c’est plus difficile.

La Picardie est un bon exemple parce que par exemple dans le nord de la France on sait que les gens mangent beaucoup de pommes de terre. En Belgique. En sait qu’en montagne ou en Auvergne on mange beaucoup de fromages. On sait que sur les régions côtières on mange des fruits de mer et des poissons. Donc plutôt que de dire aux gens vous allez tous manger beaucoup de fruits et légumes et de poissons ce qui n’est pas forcément durable pour les réserves halieutiques et l’environnement. C’est plutôt de se dire sur ces trois règles qui sont très générales finalement et peu suffisamment imprécises pour être déclinées partout. Comment je vais décliner en tenant compte des traditions et des cultures. Cela permet de combiner la science, l’holisme et les traditions et les cultures. Parce que le respect des traditions et des cultures c’est aussi une forme de durabilité. C’est très important. Donc si nous prenons l’Auvergne. Par exemple en Auvergne, on peut très bien appliquer ces trois règles en consommant par exemple moins de viande qu’on remplace par des lentilles du Puy en Velay. On peut toujours consommer du fromage parce que le fromage est une tradition des plateaux auvergnats. Et manger du fromage peut tout à fait s’inscrire dans un régime sain et durable, il y a aucun souci donc. Par exemple on peut très bien imaginer à Lille ou en Picardie.

Je crois que tu viens de soulager tous les fans de saint-nectaire.

C’est ça. L’idée c’est pas de rendre les gens fous avec l’alimentation mais c’est de développer des règles qui nous font aller vers le bon sens et une alimentation joyeuse et créatrice de liens humains.

Voilà. Arrêtez de nous stresser avec tout vos gluten free, vos lactose free, stop.

En plus le gluten free, puisqu’on en parle, il y a une étude scientifique qui est apparue il y a je crois un an et demi. Ils ont montré que les gens qui consommaient des régimes sans gluten avaient une moins bonne alimentation que la moyenne parce que la plupart des aliments sans gluten sont souvent des produits ultra-transformés qui ne sont pas de très bonne qualité nutritionnelle et qui ont souvent un index glycémique élevé parce que pour supprimer le gluten il faut bien remplacer par autre chose. Donc il faut se méfier. Là on est toujours en approche réductionniste et non pas holistiques. Donc ces régimes régionalisés sont intéressants parce que par exemple à Lille, on peut très bien imaginer un régime tout à fait sain mais qui est riche en pommes de terre. Il n’y a aucun souci. Mais par contre si toute la planète se met à manger beaucoup de fruits et légumes et de poisson pour l’environnement ça risque de ne pas être jouable tout simplement. Et puis peut être oui, peut être ce que j’aimerais dire en termes de conclusion, c’est montrer que la pensée réductionniste qui a été fondée par Descartes au 17ème siècle, c’est ça, qui disait que pour étudier la réalité qui est trop complexe il faut la séparer en entités isolées et la réduire en entités isolées et que la science participe de cette approche. Donc c’est lui qui a assis les bases du réductionnisme. Ce n’est pas forcément négatif bien sûr. Mais on retrouve cette pensée réductionniste qui fragmente la réalité dans l’éducation, avec le savoir fragmenté par disciplines, dans la médecine où chacun s’occupe d’un organe sans considérer le tout.

On est plus dans une approche systémique.

Voilà. On la retrouve en politique où les gens appliquent des mesures réductionnistes pour guérir des effets négatifs au lieu de s’intéresser aux causes sur le long terme, les mauvaises causes. On la retrouve partout. Et même je pense cette pensée réductionniste peut tendre à nous isoler les uns des autres. On retrouve la pensée holistique par exemple on dit l’union fait la force c’est une pensée holistique c’est à dire que la force d’un groupe est supérieure à la somme de la force des individus pris isolément. Et ce qui est important de souligner, c’est que les approches holistiques et réductionniste sont toutes les deux complémentaires. Il ne s’agit pas d’en exclure une par rapport à l’autre mais ce qu’il faut c’est que l’approche réductionniste s’inscrive dans une pensée globale et holistique pour avoir tout son sens. Et si la problématique a été pensée globalement alors l’approche réductionniste va prendre tout son sens et va nourrir en retour la pensée globale dans une partie de pingpong permanent. Le problème c’est qu’aujourd’hui la pensée réductionniste soit elle ne s’inscrit plus dans une pensée globale, c’est à dire qu’elle tourne en rond sur elle-même au service du profit, en vendant des vérités partielles et l’approche holistique n’est pas assez prégnante. C’est à dire on s’en est un peu trop écarté, on est un peu comme des gens le nez dans le guidon qui oublions de freiner et de regarder le paysage pour voir où nous allons. C’est un peu ça ce que je voulais dire. Donc on est toujours dans une complémentarité et non pas dans l’exclusion de quelque chose.

Si vous voulez en savoir plus je vous propose vraiment d’acheter le livre du Docteur Anthony FARDET, qui s’intitule « Halte aux aliments ultra-transformés, Mangeons vrai ! ».  Donc vous allez vraiment retrouver toutes ces trois règles beaucoup plus développées que lors de cette interview. Je vous invite vraiment à en découvrir plus sur Anthony. Mais également sur ces bases de l’alimentation qui vont nous aider et bien à vivre en meilleure santé plus longtemps.

Et puis dans la joie et la bonne humeur.

Dans la joie la bonne humeur sans se stresser. Et ça c’est l’une des missions du blog santez-vous.com.

Sortir des phobies nutritionnelles et puis de l’angoisse de s’alimenter.

Ouais et puis des culpabilités de mal s’alimenter aussi, il y en a marre. Il faut changer de paradigme.

En fait, il faut changer de logiciel et de paradigme. C’est ça la solution je pense sincèrement.

Merci beaucoup d’avoir été au bout de cet entretien.

Merci beaucoup en tout cas c’était un plaisir. On s’est rencontrés il n’y a pas longtemps dans un café lors de cette conférence et on s’est réuni pour cette interview. On est vraiment dans une approche holistique. Donc bravo. Vous soyez dans une approche holistique. Abonnez-vous à la chaîne et je vous retrouve bientôt sur le blog santez-vousbien.com. Ciao les amis !

 

Rachida
 

Je suis avant tout une femme, une épouse, une mère qui aime prendre soin de sa santé et de celle des siens. Je suis une passionnée de sciences et de bien-être. Biologiste, titulaire d’un Doctorat en Physiopathologies Humaines, j'aime partager mes connaissances et souhaite vous en faire profiter au travers de ce blog.